NON-CHRISTIANISME
Foi - CF, 2002 - 171 - Si le non-christianisme doit abattre une prétention, c'est bien celle qui fait de la foi un principe ou lui donne une supposée valeur réelle, moins la foi elle-même à transformer en simple procédure que sa suffisance dans la mesure où elle tend à se justifier elle-même et donner lieu à un Principe de Foi Suffisante. Malgré sa donation par la grâce et l'histoire réunies dans le Christ, ou parce qu'elle est encore l'objet d'une donation, la foi contient un dernier ingrédient extatique, comme une attente s'auto-affectant avec laquelle fait corps un appel constituant l'homme comme sujet. Elle n'est pas vide mais possède un objet qui n'est pas de savoir, scientifique ou bien gnostique, mais justement d'attente. Elle n'attend donc pas le Christ comme un objet dans le temps ou l'histoire mais comme la Vie-en-Christ. Son attente est le contenu phénoménal de l'immanence d'imminence de la Vie. - 172 - Mais si les chrétiens attendent le Christ de l'intérieur de l'attente, la dernière identité de l'Attente et du Christ sous la forme du Christ Futur n'est pas encore acquise de cette manière. - L'Attente reste une immanence affectée sur son envers et dans son origine soit par le vide du tombeau du Christ, encore la transcendance, soit par un appel transcendant, et cela suffit à la livrer à la philosophie. - 173 - C'est que "la-foi", sans se dédoubler ou se diviser en deux espèces,e st dualysable et pas seulement philosophable. - L'identité réelle-transcendantale (de) la foi n'est plus une espèce de sa forme unitaire mais ce qui unifie-en-dernière-identité ses formes religieuses, rationnelles et métaphysiques. De la foi originaire telle que la philosophie peut la penser, nous extrayons et expérimentons une foi uni-originaire par sa cause humaine ultime et archi-originaire par rapport à sa forme chrétienne. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > NON-CHRISTIANISME
Gnose - CF, 2002 - 157 - Entrer de l'extérieur dans le christianisme, dans ces objets originaux que sont la foi et le dogme, avec l'aide conjointe de la science et de la philosophie, est une gageure théorique d'un type nouveau mais dont les solutions échappent à la suffisance de la philosophie autant qu'à la positivité de la science, mais nullement à ces disciplines si elles sont associées selon un certain rapport. On appellera "modélisation" la construction, par l'unification-sans-synthèse de ces deux disciplines, d'une représentation théorique-unifiée de la foi chrétienne mais aussi pour elle. - 158 - L'ancienne combinaison de la foi et de la raison philosophique dans une "intelligence de la foi" suffisante est trop courte et doit être plus qu'allongée, complexifiée (...). - "La-gnose" peut être ce moyen d'universaliser "le-christianisme" du point de vue de l'expérience à modéliser. - 163 - La foi chrétienne est foi-qui-unit, le savoir gnostique est savoir-qui-sépare, deux voies sans commune mesure mais toutes deux se proposant d'assurer un salut non-mondain. Dans cette modélisation, le Monde semble être à la fois objet et moyen de salut. C'est que la non-philosophie est une théorie du Monde au sens le plus universel de ces mots. Elle étend le concept de Monde au-delà de ses significations cosmologiques et théologiques, les prolongeant et les amplifiant de la philosophie ("la-philosophie"). Elle est englobe donc "le-christianisme" et "la-gnose" qui traditionnellement s'y opposent, mais qui ne s'opposent en réalité qu'à un concept restreint du Monde, limité par ses présupposés grecs bien connus. Cette amplification ne se justifie que d'une raison propre à la non-philosophie, celle du Réel comme Un-en-Un (Homme-en-Homme), cause de-dernière-identité qui décide du Monde non seulement comme Etre et Penser mais comme incluant toute expérience possible qui implique une forme ou une autre de transcendance. - 164 - Porter le christianisme à la force de décision unilatérale d'une hérésie, enlever à la gnose son dualisme d'imagerie mythologique... Mais donner à l'hérésie la puissance de transformation d'une foi, enlever au christianisme son vieil esprit de domination non-conformiste. L'hérésie non-chrétienne est une hypothèse supra- et même non-historique de fusion de-dernière-identité de la foi-qui-unit et du savoir-qui-sépare. - Il semblerait peut-être possible de réduire le matériau et la procédure à la seule gnose sans s'embarrasser du christianisme triomphant. Mais ce serait du "gnosticisme", comme on dit du "théoricisme" (...). L'exclusivité de la gnose contient son propre danger qui est celui du refus lui-même religieux d'autres religions et une conception à nouveau suffisante de l'unilatéralité. Il y a un Ciel-monde gnostique qui fait miroir avec le Dieu-monde chrétien dès que la gnose est traitée comme une entité unitaire et supposée auto-englobante, comme une nouvelle idéalisation, et qu'elle n'est pas réduite aux structures de sa philosophabilité de droit (...). - 173 - On peut isoler une posture gnostique évidemment inverse de celui du christiannisme, mais qui ne reproduit pas tout à fait une hiérarchie de ce type (...). - 174 - 1. Primat de l'homme incréé, philosophiquement et théologiquement inengendré, sur Dieu-le-créateur. - 2. Primat de la "séparation hérétique" sur l'Unité chrétienne et son type propre de séparation d'avec le Monde. - 3. Primat du savoir sur la foi. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > NON-CHRISTIANISME
Mystique - CF, 2002 - 178 - Le non-christianisme radicalise l'élément mystique de l'indifférence aux religions et cette indifférence (...) lui permet de se concevoir comme pratique unifiée (justement pas comme unitaire ou syncrétique) de la foi judéo-chrétienne et du savoir gnostico-chrétien. - L'indifférence mystique, la non-consistance constitutive de l'Homme-en-personne est ce que nous opposons à la violence mortifère des églises, au christianisme dans la mesure où d'emblée il s'énonça comme suffisance ecclésiologique et partiellement comme Verbe-logos. - Avec l'indifférence mystique, l'énoncé des données du problème arrive à sa maturité. Plutôt que de prendre au hasard le matériau religieux, selon telle ou telle conjoncture de foi ou de pensée, nous centrerons les rapports du christianisme, de la gnose et de l'inévitable philosophie dans un matériel particulièrement concentré, dans le prisme de la mystique chrétienne. - Elle possède sur toute autre l'avantage certain de réaliser, du moins en droit sinon de manière historique et factuelle, la coïncidence asymptotique de la foi, de la philosophie (sous une forme surtout néo-platonicienne) et de l'hérésie. La mystique est comme une hérésie sur la mage intérieure du christianisme et qu'elle tolère comme une expression de la foi plutôt que comme théologie, alors que "les" hérésies proprement dites se développent sur sa marge théologique extérieure. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > NON-CHRISTIANISME
Non-religion - CF, 2002 - 169 - Appelon "non-religion" en général toute théorie, unifiée non pas spontanément mais en-dernière-identité, d'une religion ou d'une confession avec la philosophie; Comme on l'a vu avec le cas du christianisme, ce genre de théorie, universelle par sa cause, a intérêt à universaliser cette religion aussi du point de vue du matériau par le moyen d'une autre ou par des principes limitrophiques et par exemple gnostiques. - 170 - On ne peut en effet universaliser sur un mode non-philosophique que par une cause-de-dernière-identité. C'est se garder de croire que l'extension, la multiplication synthétique des religions-matériaux suffisent pour atteindre cette universalité. Le non-christianisme n'est pas un synchrétisme religieux, plutôt une radicalisation de l'Identité, désormais non exclusive d'une religion. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > NON-CHRISTIANISME
Savoir - CF, 2002 - 167 - "Foi et Savoir", c'est un topos ancien des relations de la gnose et du christianisme en fonction de l'intervention, explicite ou non, de la philosophie comme troisième terme (...). - 168 - Pourquoi ce mélange réalisé par l'histoire ? C'est que le mélange à dominante philosophique ("la-philosophie") de la philosophie et de la science, et le mélange à dominante religieuse ("la-foi") de la philosophie et de la foi accompagnée de ses contenus, ont un opérateur fondamental en commun, la transcendance qui combine un élément d'extase en meta, un élément d'extase en epekeina, enfin un élément de contenu objectif ou noétique de représentation. Bref une transcendance complexe, elle-même redoublée en thématique et en opératoire. - 169 - Mesurées alors à l'immanence radicale du savoir dont les gnostiques nous ont donné l'Idée, savoir indocte ou inenseigné, la pensée et la foi relève d'une transcendance qui est, elle, réellement universelle et que l'on dira plutôt non-décisionnelle ou non-positionnelle (de) soi. - Le mot d'ordre "foie t savoir" reçoit sa portée de symboliser maintenant la dualité non-philosophique du complexe philosophico-religieux (la foi) et ce qui lui est opposé, l'identité hérétique (le savoir). Nous faisons un double usage du thème gnostique du "savoir". D'une part comme indocte, "substance" réelle de l'Homme-en-personne, d'autre part comme procédure de salut confrontée à la foi en vue d'une modélisation du christianisme au sens élargi auquel nous l'entendons. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > NON-CHRISTIANISME